mardi 3 septembre 2013

pelouse


Quelques fois cet été je me suis rendu au square proche de la gare de l'Est qui se transforme en solarium aux beaux jours. Au mois d'août il est plus désert que les mois précédents puisque les Parisiens ont fui la ville. J'y vais pour bouquiner ou travailler, ce qui parfois se superpose. Mais j'ai toujours plaisir à glaner ça et là de petites anecdotes, mini fictions avec ou sans parole.

Par exemple il y a cette jeune femme brune qui est allongée sur le dos les paumes de mains tournées au ciel, dans sa chevelure, comme si elle était tombée en arrière d'un coup en levant les bras à son front. Elle a une robe en tissu noir et blanc, on dirait un dessin de Marjane Satrapi. La pelouse du square est vallonnée, telle une succession de grosses vagues, elle est échouée au sommet de l'une d'elle, sa robe relevée. L'a-t-elle oublié, ou n'a-t-elle pas conscience de l'effet produit ? En tout cas, ce jour-là elle porte une culotte partiellement transparente, qui comporte des empiècements opaques mais qui laisse bien visible son sexe. 
Le tableau est charmant, d'autant qu'épilé, sous cette lumière transparente, il fait le bonheur de plusieurs spectateurs, assidus mais discrets. Il y a ceux qui se sont assis sur l'herbe silencieusement, en mouvements lents, comme pour ne pas faire s'envoler cet oiseau couleur praliné, velouté. Et ceux qui passant par là, incrédules, continuent leur marche mais le cou contorsionné, bientôt la tête à l'envers du corps. Elle me fait penser au livre Coños, de Juan Manuel de Prada. Elle pourrait être le chapitre : le con de l'évanouie.
Soudain elle se réveille, se redresse, se défroisse, ingénue, comme la rose de Saint-Exupéry. Les hommes silencieux ont une résignation proche de la dévotion. Aucun mot, aucune œillade, des mines de deuil. 
Plus tard un ami la rejoint, et elle qui avait été immobile comme une sainte enchâssée, la voici volubile, les bras dessinant des arabesques sur le ciel. 
Je regarde ses lèvres, qui ne cessent de bouger.

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